Concert AJAM - Au cœur du piano

DNA_publié le 22 octobre 2014

Elle n’a que 24 ans mais fait déjà preuve d’une incroyable maîtrise : la Russe Elizaveta Frolova s’est produite jeudi soir au conservatoire de Strasbourg. Se faire un nom dans le monde de la musique classique est un chemin long et exigeant. Heureusement, des associations comme l’AJAM viennent opportunément soutenir de jeunes et très talentueux artistes.

C’est le cas de la jeune pianiste russe Elizaveta Frolova. En effet, pour éclectique qu’il soit, son programme de récital est indéniablement construit : des similitudes d’ambiances et de tonalités garantissent l’harmonie entre les pièces baroques et romantiques.

Par ailleurs, chaque compositeur est nettement caractérisé : dans l’Enharmonique de Rameau, son jeu cisèle le discours tout en dentelle des motifs ornés tandis qu’il déploie en fluides volutes les progressions harmoniques du Prélude en si mineur de Bach. La Vallée d’Obermann et les Réminiscences de Norma de Liszt voyagent dans un kaléidoscope de climats typique de l’inventeur du poème symphonique. La Fantaisie op. 28 de Scriabine est d’un romantisme plus cérébral, presque tortueux dans son expression mélodique. Le lyrisme de 2e sonate de Rachmaninov est plutôt emprunt d’une rayonnante mélancolie. L’amplitude très impressionnante des fortissimo donne souffle à l’ensemble de la sonate, animée encore par l’agitation continuelle des voix intermédiaires. Par contraste, les passages apaisés sonnent avec une limpidité bienvenue.

De plus, il faut souligner l’économie de geste de l’artiste et sa présence scénique hypnotique. Suspendu à sa conduite musicale, l’auditeur est irrésistiblement invité à écouter les résonances les plus intimes de l’instrument. Une intimité d’autant plus sensible, qu’Elizaveta Frolova aime jouer avec la limite entre son et silence.

À l’issue du concert, elle proposera, extrait d’un album d’étude du compositeur russe N. Kapoustine, un Intermezzo au charmant déhanché jazzy.

par Gilles Toussaint

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