Concert AJAM - Nouvel espace sonore

DNA_Cahier Culture_publié le 26 novembre 2014

L’acoustique valorisante d’une salle du conservatoire, lieu des concerts AJAM cette saison, accueillait jeudi la surprenante union du violoncelle et de l’accordéon.

Elodie Soulard à l’accordéon et Olivia Gay au violoncelle forment un duo original. À travers leur rafraîchissant travail d’ensemble, elles réinterrogent le lien entre musique populaire et savante. Le programme de jeudi est l’avenant avec Schumann, Cassado, Popper et Liszt dans des œuvres qui sentent bon le terroir. La vocalise de Rachmaninov, tube du classique, est populaire dans une autre acception du terme. Et Piazzolla a consacré sa vie artistique à faire le lien entre écriture académique et folklore argentin.

L’univers du duo convainc : l’accordéon enveloppe le violoncelle d’un écrin chamarré. Les deux instruments ont en commun une profusion de textures. Et par la diversité de ses registres, l’accordéon est l’égal du piano dont il a la motricité rythmique et la grandeur orchestrale. Le jeu engagé d’Elodie Soudard compense largement un certain manque de mordant des attaques inhérentes à l’instrument. D’où une Rhapsodie hongroise n° 15 de Liszt, compositeur pianiste, balancée avec une virtuosité et une gouaille à faire oublier l’original.

Le jeu d’Olivia Gay, emprunt de sensualité et de rondeur, propose un violoncelle riche de graves somptueux et animé de respirations amples. On peut certes noter une intonation parfois indifférente au discours harmonique. Mais quelle tendresse dans la berceuse de Schumann, quel belcanto éloquent dans les pièces de Popper et quel tempérament dans les extraits de la rhapsodique suite de Cassado.

Après le tumultueux Grand tango de Piazzolla, les ondoyantes nappes sonores du duo captivent une dernière fois le public avec la nostalgique Milonga sin palabras du même compositeur.

 

par Gilles Toussaint

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