Altkirch - Concert AJAM

L'émotion à fleur de cordes

DNA_30 avril 2015

Le Quatuor Varèse a hypnotisé samedi soir un public venu en nombre découvrir le répertoire classique de Mozart et Beethoven, mais aussi celui plus contemporain de Dutilleux. Des cordes sublimes d’efficacité mais aussi ô combien touchantes.

La rencontre du violoncelle, de l’alto et des violons fut remarquable… et ravageuse pour le cœur des spectateurs qui avaient fait le déplacement. Tous s’attendaient peut-être, ou espéraient, vivre un merveilleux moment de plénitude intérieure. La soirée est tout simplement allée au-delà…

La musique de chambre, pour en percevoir toutes les démesures, doit se vivre. En direct et en public, bien sûr, mais en toute intimité. La Halle au Blé avait fait place nette de toute esbroufe pour retrouver la substantifique finesse qui fait les grandes scènes. En toute humilité, les quatre garçons du groupe Varèse, qui sont tombés tout petits dans les cordes classiques, ont, avec aisance, fougue et virtuosité, mis tout leur corps, et pas seulement leurs mains, au service de grands compositeurs. Miroirs de nos émotions comme miroirs de leurs âmes, François Galichet, Jean-Louis Constant, Sylvain Séailles et Thomas Ravez se regardent. Ils communiquent et communient, offrant leurs symétries, leurs ruptures et leurs envolées comme autant de petits messages d’amour. Quatre mouvements pour chacune des pièces classiques représentent le bel équilibre fomenté au XVIIIe siècle ( Quatuor K 464 en La M - Mozart) et au XIXe siècle ( Quatuor op.135 en Fa M - Beethoven).

Mais lorsque Henri Dutilleux ( Ainsi la nuit ) entre en scène, la musique de chambre s’offre une virée contemporaine (1977), presque lugubre, mais magistrale. Une pièce jouée sans interruption, à l’écriture canonique et au temps suspendu.

Le « petit » Schubert offert en bis, après plus de 90 minutes de concert, permet à un public sous le charme de redescendre sur terre, sans brusquerie, et avec un regain d’optimisme que même la pluie du retour ne gâchera pas.

 

Géraldine Cognard-Gross

 

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