Strasbourg - Concert de la Philharmonie

Hommage au "Plat Pays"

DNA_Cahier Culture_19 mars 2015

Pour honorer la présidence belge du Conseil de l’Europe, la Philharmonie, en partenariat avec l’AJAM, dédiait dimanche, au Palais des fêtes, son concert au Plat Pays et à trois de ses compositeurs.

 

Le malheureux Guillaume Lekeu écrit à 21 ans, trois ans avant la fièvre typhoïde qui l’emporte, un adagio pour cordes langoureusement funèbre. Bardon tient son tempo et étire infiniment ce choral ample et inabouti, servi par un ensemble aux abois dont les évidents problèmes de justesse passent au second plan grâce à une mise en ambiance réussie.

Cette entrée en matière ambitieuse participe d’un crescendo massif dans ce triptyque d’œuvres attachantes.

Le Poème nocturne , opus 29, d’Eugène Ysaÿe, plus tardif – l’entre-deux-guerres – dénote par ses harmonies audacieuses et son entrelacs mélodique roboratif. La Philharmonie version cordes y tient une partie plus confiante, rehaussée par deux solistes prometteuses : la violoniste Ryoko Yano, qui joue à l’orchestre de Mulhouse, et la violoncelliste Olivia Gay, dont on a déjà pu apprécier les prouesses.

Le duo aux sonorités rondes et claires s’intègre à merveille dans la bouillonnante partition de cette pièce virevoltante, tantôt noyé dans la masse, tantôt en saillie, transcendant avec justesse et sûreté la sérénité du discours malgré sa complexité. La démonstration des solistes se poursuit dans un bis de Johan Halvorsen, une passacaille sur un thème de Haendel.

La vigoureuse Symphonie en ré mineur de Franck occupe toute la deuxième partie et met en avant la belle harmonie de l’orchestre, d’où l’on retient notamment un trio de trombones aux attaques nettes et un quatuor de trompettes très sollicité. Mais tous les vents illustrent les progrès accomplis par la phalange, sous la férule d’un Étienne Bardon à l’énergie communicative. L’ancien clarinettiste de l’OPS ne se ménage pas pour faire surgir la tension de l’alternance entre les moments d’attente et les crescendo paroxystiques. Et obtient dans l’allegretto un passage en sourdine des cordes d’un étonnant figuralisme, comme un bruissement du vent. Dans le final, il conjugue accents dramatiques et chutes de tension dans un nuancier maîtrisé, ramenant de cette excursion belge un bon cru pour la Philharmonie.

Christian Wolff

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